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Musique, légendes, Histoire et traditions populaires

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L'OURS, le plus vieux mythe au Monde ?

La symbolique de l'ours est très ancienne, elle remonte peut-être à la nuit des temps. Elle se retrouve de l'Irlande au Japon en passant par la Sibérie et chez tous les précolombiens d'Amérique du Nord. Malgré cette universalité, elle n'a pas survécu aux temps modernes. En Europe, elle a même été, dés le Moyen Age, supplantée par la symbolique du lion, son équivalent sémitique et méditerranéen. Pourtant nous allons voir qu'elle est d'une importance énorme dans notre Histoire.

L'incontournable symbolique des animaux

L'ours est associé au Roi, à la chasse royale et par extension à la noblesse guerrière, cette classe sociale commune à toutes les civilisations indo-européennes. Parce que l'ours hiberne, il dispute avec le cerf une mystique solaire. Mais si le cerf représente la connaissance et la jeunesse, l'ours est plutôt associé à l'autorité brutale et à la mort; ce sont bien les deux facettes (si l'on puis dire...) du soleil dans toutes les traditions : source de vie et pouvoir de la force. Le cerf, l'ours, la grue, le tigre et le grand singe sont les figures de base du kung-fu Shaolin.
On ne le comparera pas au lion, puisse que ce dernier n'a fait qu'hériter de toute la symbolique de l'ours.
Par contre, on est dans l'obligation de l'opposer au sanglier, cet animal chthonien, qui symbolise la spiritualité, l'intuition, l'âme et toute la classe sacerdotale. En Chine, le sanglier est l'emblème des Miao; l'ours celui des Hia, elles s'opposent diamétralement. Le sanglier sera chez les celtes le symbole du druide.
En fait il y a bien une triade : l'ours, c'est le corps et l'homme adulte ; le cerf, c'est l'esprit mais aussi la femme et l'enfant; enfin le sanglier, c'est l'âme et l'ancien. Cette triade peut nous surprendre, nous, contemporains habitués à penser que l'intuition est féminine et que la sagesse est l'attribut des anciens. Mais c'est pourtant comme ça que les légendes, traditions, superstitions et chansons présentent la société humaine.
Les articles "Le Cerf" et "Le Sanglier" décrivent plus en détails la symbolique de ces deux animaux. On pourra y ajouter "Le Lapin", ami du cerf dans les chansons enfantines, qui symbolise plus précisément l'enfant.

Dés la Préhistoire!

La Préhistoire nous a laissé peu de traces comparées à la période qu'elle recouvre ! Et pourtant il est clair que l'ours avait une place prépondérante dans nos tous premiers mythes. Dans la dans la grotte de Montespan en Haute-Garonne, on a retrouvé un crâne d'ours servant visiblement (traces de lance) à un culte initiatique lié à la chasse. Citons Yvette DELOISON qui écrit dans "Préhistoire d'un Piéton" (ed. Plon) : « au Régourdou, en Dordogne, ont été trouvé les plus anciennes sépultures connus, datés de 70 000 ans. Des tombes d'ours d'abord et d'homme seulement au-dessus. Ainsi l'assertion habituelle qu'"on a la preuve que l'homme croit en la survie de l'âme à partir du moment où il enterre ses morts" est hasardeuse: dans l'état actuel des fouilles, l'homme a cru d'abord en la survie de l'âme des ours!" Un peu plus loin elle ajoute : "Selon la mentalité sibérienne, le gibier est plus sain que l'homme, plus prés de la divinité [...]." La Sibérie est pour les ethnologues un fossile des mythes indo-européens. Et il faut noter que l''ours est dans de nombreuses civilisations du Nord (Sibérie, Canada, etc.), associé à la lune, au cycle végétal, (il hiberne!), à la matrice des hommes (Grand-père des hommes ou kidnappeur des premières femmes).

Il semble indéniable que le culte de l'ours a connu une évolution avec le temps : celui du Père ou de la Mère des Hommes (c'est resté chez les Indiens d'Amérique), celui du chasseur (très important chez les Celtes), enfin celui du guerrier (pratiquement partout).
La version maternelle de l'ourse a parfois pris une autre figure : « Ness », la belette, est au départ une vierge guerrière. Dans tous les récits irlandais du cycle d'Ulster, la mère du roi Conchobar porte ce nom. Plus proche de nous, nous allons étudier la symbolique « noble – chasseur - guerrier ».

Le guerrier celeste

L'ours, dans la racine germanique « baer », a donné la caste des Bärsekers. C'est une société très fermée de nobles qui, en union avec le divin, entrent dans une transe mystique avant la bataille. Ils revêtent une peau d'ours et deviennent alors, d'après les légendes, des guerriers redoutables et invulnérables. Il existe également des Bärsekers vêtus de peaux de loups, sans doute des guerriers d'origine non noble. Il semble que cette caste ait disparue avec la christianisation des germains. Mais les chevaliers teutoniques sont héritiers des pratiques et des croyances des Bärsekers. Ils ont remplacé Wotan (qui lui-même avait remplacé le dieu Ours) par le Dieu chrétien et leurs frusques animales par une armure symbole de foi.
Le nom de Berlin vient aussi du dieu ours. A noter la version féminine « Berne » qui a donné son nom à la capitale helvétique dont l'emblème est une ourse et dont la déesse tutélaire celte était Artio.

L'ennemi du prêtre

L'ours (du latin ursus) a donné chez les Celtes un dieu de la guerre qu’on pourrait écrire aujourd’hui en français Arzhous. Les celtes n'avaient pas de littérature écrite et ont peuplé toute l'Europe sur plus de cinq siècles, Arthos s'est donc décliné en Artor, Arthus, Arthur, Arzhul, etc., selon les époques et les lieux. L'ours était chez les Celtes l'emblème de la classe guerrière. Arthur est devenu un prénom que l'on donnait chez les nobles pour favoriser une ascendance guerrière. Un roi Breton reçu ce nom et une légende est née. Les constellations de la Grande et de la Petite Ourse sont appelées « Cerbyd Arthur », le Char d'Arthur.
"Le twrch trwyth (irl. triath roi), qui s'oppose à Arthur, représente le sacerdoce en lutte contre la royauté à une époque de décadence spirituelle."
"Dans le conte gallois Kulhwch et Olwen, Arthur chasse le Twrch Trwyth et ses petits. Or cet animal est un sanglier blanc et la lutte, qui dure neuf jours et neuf nuits, exprime la querelle du Sacerdoce et de l'Empire. Elle est inverse toutefois en Irlande dans le récit de La Mort des Enfants de Tuirean, où ce n'est plus le sanglier sacerdotal qui ravage les terres du souverain, mais les représentants de la classe guerrière qui assassinent Cian, le père du dieu Lug, caché sous l'apparence d'un porc druidique."
"On raconte (en France) qu'ayant quitté la messe un jour de fête à l'annonce du passage d'un gros sanglier, le roi Arthur a été condamné à errer dans les airs en une chasse éternellement vaine."
On peut associer cette tradition française à une autre grecque :
"Dionysos Zagreus, le grand chasseur, (poursuit) des satisfactions passagères et une sorte d'asservissement à la répétition indéfinie des mêmes gestes et des mêmes plaisirs."
Il y a également en Franche-Comté (région très marquée par le passage des Celtes) une légende qui raconte l'asservissement d'un seigneur à la chasse éternelle.

La lutte des classes : un thème vieux comme le monde

La lutte des classes n'est pas une invention du XIXè siècle. Elle existe depuis que les classes sociales existent, c'est à dire depuis la préhistoire. Les tombes des chefs préhistoriques indo-européens font déjà état d'un ordre dans la société, ordre représenté par des défilés de figurines, personnages peints, ou, plus cruel et pourtant si courant, de cadavres.
La tradition nous fait part d'une lutte qui n'a cessé qu'avec l'arrivée des religions monothéistes: la lutte entre le clergé et la noblesse. La noblesse, c'est l'ours ou le lion. Le clergé, c'est le cerf ou le sanglier.
On imagine très bien que ceux qui enseignaient la connaissance, la tradition et la foi (des concepts que l'homme des Lumières ou du XXè siècle n'associerait pas!) possède un avantage et une autorité sur ceux qui les ont écoutés.
On pense savoir que dans pratiquement toutes les civilisations, c'est pourtant la noblesse guerrière qui a plus ou moins gouverné. L'ours chassant le sanglier est donc à la fois anormal (le sanglier n'est pas dans la nature le met favori du plantigrade) et à la fois dans la logique des choses (le jeune guerrier s'opposant au vieil intellectuel).

Mais la chasse possède également une forte valeur symbolique. Dans toutes les civilisations, elle représente la quête du savoir pour les uns, la lutte de l'homme intelligent contre les animaux inconscients pour les autres (voir l'article sur La Chasse).
On est donc forcé de penser que l'ours n'est pas que un éradicateur, mais peut-être un être de chair qui veut conquérir sa spiritualité. La chasse au cerf ou sanglier serait une accession au savoir, à l'illumination exactement comme la chasse de la Blanche Biche (voir également l'article).

La quête d'Arthur, chasse initiatique ou génocide religieux ?

Pour moi, Arthur est un roi chrétien. Sa légende coïncide avec la disparition des druides et l'avènement du christianisme. (D'ailleurs ce n'est pas un druide qui le conseille mais un enchanteur et les enchanteurs sont une tradition scandinave, les vikings peupleront la moitié des Iles Britanniques et en 900 AP, d'après un recensement Anglais, ils représentent 80% des habitants de l'Ecosse. Les Scandinaves sont ennemis des Saxons depuis que ces deux peuples existent, ils se sont déjà battu pour la domination du Danemark. Il est donc clair qu'Arthur et Merlin représentent l'alliance entre Pictes et Scandinaves contre les Saxons).
Arthur commence sa lutte contre les rois païens et les dragons. Arthur est le bras armé de l'Eglise, comme le sera plus tard Clovis (et comme l'ont été plus tôt les Empereurs Romains, grands persécuteurs de druides devant l'Eternel...). Ce sont les premier rois a renier leur pouvoir spirituel et à accepter que ce pouvoir vienne d'un tiers.
(Par ailleurs St Louis s'appropriera le pouvoir de justice des druides "en rendant la justice sous un chêne" comme on peut le lire dans nos livres d'Histoire... que dire de la barbe fleurie de Charlemagne qui n'en porta pas ou de tous ces rois que se firent enterrés dans la plaine du Landy - actuelle St Denis - haut lieu de rencontre entre druides et Gaulois!)
Arthur lutte bien contre les druides (les sangliers) non pas pour la connaissance mais pour le pouvoir. On retrouve d'ailleurs la même chasse au sanglier entre le dévot St Gildas et le dernier héritier des druides, le barde Gwenc'hlann.

Pourquoi l'ours a-t-il disparu de notre tradition?

D'abord il est resté comme "le père", "l'ancêtre", le totem, car le roi, dans les sociétés anciennes, est celui qui assure la descendance, il a d'ailleurs droit à plusieurs femmes pour être sûr d'avoir beaucoup d'enfants. L'ours, est comme le lion, un animal patriarcal qui tue les enfants des autres mâles lors qu'il récupère quelques femelles.
Ce mythe du Père est resté chez les Indiens d'Amérique, dans les Pyrénées (où on dit « ne tire pas sur l'ours car c'est ton père ! », et ça et là de façon sporadique et discrète. En fait, au Moyen Age, il s'est fait détrôné par le lion. Le lion est son équivalent auprès des peuples qui n'ont pas connu la chasse dans les neiges des dernières glaciations. La symbolique du lion a été rapportée des croisades. L'ours perdait de sa crédibilité, il rappelait trop un combat ancien d'avant le christianisme. Les prêtres païens ayant disparu, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel étant bien partagé (dans la théorie bien sûr) dans une association très efficace, ces vieilles histoires n'avaient plus cours.

Le lion, lui, avait la cotte, comme tout ce qui venait d'Orient. Il orne alors les écus et les bannières, et on le représente souvent recouvrant une biche... survivance ésotérique (V. La Blanche Biche).
Du côté du peuple, l'ours n'a en fait jamais eu bonne presse, le peuple se reconnaît dans le lapin (le prolétariat) ou dans le renard (le vilain, l'homme libre) ou encore dans le loup (le hors la loi, voir article Chien/Loup). Les rois ne sont populaires que... dans les livres d'Histoire !
On notera également l'influence ou la non influence du Roman de Renard : ce roman n'entre pas dans la tradition, c'est précisément ce qu'on appelle une oeuvre d'auteur. Les animaux ont bien une symbolique, mais elle se rapproche plus de la fable d'Esope (que seule l'élite connaissait). On retrouve le lion en roi des animaux, le renard en vilain (terme aujourd'hui très galvaudé), et puis... c'est presque tout. Les autres animaux (et l'ours en premier) y ont le caractère que l'auteur a bien voulu leur donner, au gré de son ressentiment d'artiste résolument moderne.

Aujourd'hui le Bärseker s'est fait Teddy-Bear, et ironie de l'Histoire (ou conscience politique des fabriquants de jouets chinois?), il est en concurrence avec le lapinou en peluche...

gildas monjoin - 1er septembre 2004

 

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