Zyc'Methys
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92700 Colombes

Musique, légendes, Histoire et traditions populaires

L'Histoire, la musique, les mythes chantés, les légendes contées,...

 

La Bergère & le Seigneur

Là-haut, dedans la plaine,
Gardant mes blancs moutons
J’étais si réjouie
D’entendre une chanson…
J’ai entendu l’tapage
Qui m’a saisie d’effroi ;
A qui c’bel équipage
Qui apparut devant moi ?

- Ne tremblez pas, bergère,
Me dit l’puissant seigneur,
Au loin dedans la plaine,
A-vous point vu d’chasseurs ?
Je m’en vais à la chasse ;
Dites-moi, savez-vous
De quel côté l’on passe
Pour aller au rendez-vous ?

-Monseigneur, ça m’y semble
Que votre train n’est pas loin.
Passez derrièr’ce tremble ;
C’est vot’plus court chemin.
- Que ta beauté m’enchante,
Me réjouit tendrement !
Toi, si belle et charmante,
De quoi vis-tu belle enfant ?

- Vis-tu ainsi qu’une reine
De rôts, pâtés et salmis ?
As-tu comme une duchesse
Pain blanc, becass’,perdrix ?
- Pain bis, z’aussi des pommes,
De la soup’ seulement ;
Les fill’s, les femm’s, les hommes
Ici n’vivent pas d’autrement.

- Et ton buver, bergère ?
Connais-tu l’hypochras ?
La bier’, le vin d’Tonnerre,
Ou l’Hydromel des rois ?
- Je bois à cett’ fontaine
Que Monseigneur voit là.
L’eau m’est bien certaine
Que toutes vos drogues là.

- Et ton coucher, bergère,
Est-il tous les jours bien fait ?
Couches-tu sur la plume,
Sur un coussin de duvet ?
- Sur la mauvaise plume,
Sur un dur matelas ;
Chez nous, Seigneur, les rhumes
N’attaqu’nt les estomacs.

 

L’origine géographique?

Il existe deux autres versions de cette chanson dans le Barbillat-Tourraine, collectées auprès de deux authentiques berrichons du siècle dernier… cela pourrait faire croire à l’origine berrichonne de la chanson. Les deux airs proposés par les collecteurs sont sans doute berrichons, mais les paroles présentent des lieux, des personnages… et des boissons venant d’ailleurs. Où trouver des « là-haut dedans la plaine » en Berry et des eaux qui soignent les rhumes ? Le premier indice est le vin de Tonnerre. Rien n’empêche un seigneur chassant en Champagne berrichonne de vanter les mérites de ce vin (vin qui vient à peine de retrouver ses lettres de noblesse en ce début de troisième millénaire après avoir frôler la disparition pure et simple) mais il n’y a pas de plateau assez élevé pour qu’on emploie ce genre de précision géographique en Berry. Nous nous sommes donc promenés sur les coteaux vinicoles de cette très vieille ville de Tonnerre, en Bourgogne.

Une reine à Tonnerre

Il y eu des Duchesses de Berry (qui d’ailleurs n’y vivaient pas), il y eu une reine aussi : Agnès Sorel, qui vivait à Bourges auprès de Charles VII, mais alors le Berry était un comté. Plus tard, les reines viendront à Tours, dans les châteaux de la Loire. Mais bien avant tout cela Tonnerre abrita une reine qui n’était pas de France, Marguerite, fille des Ducs de Bourgogne et héritière du comté de Tonnerre. Elle se maria avec Charles Duc d’Anjou, frère de Saint Louis, qui conquit le royaume de Naples de Sicile et de Jérusalem où le couple vécu comme des empereurs ; jusqu’aux malheureuses « Vêpres Siciliennes »… qui donnèrent un opéra à l’Italie. Veuve et sans enfant, elle se retira à Tonnerre en 1287 accompagnée de Marguerite de Beaumont Princesse d’Antioche et Contesse de Tripoli et de Catherine de Courtenay Impératrice de Constantinople. Pour expier les excès de sa vie de cour et sans doute surtout les crimes de sang de son défunt mari, elle fit construire un hôpital de grande envergure qui existe encore aujourd’hui. L’hôpital des Fontenilles (des petites fontaines) devait donc accueillir les misereux où ils pouvaient, selon les sept vœux de miséricorde, « boire, manger, dormir, s’habiller, être soignés, consolés … et enterrés ». La nourriture était saine l’eau était préféré au vin qui, lui, était vendu à la cour des rois de France et d’Angleterre.

Les Eaux médicinales et le Basilic...

En effet, l’eau des sources de la région était connue depuis la nuit des temps pour ses pouvoirs magiques, tantôt « roches aux fées» celtiques, tantôt «fontaines miraculeuses» chrétiennes. On raconte même que la fosse Dionne (Lat. fons divona, fontaine divine) de Tonnerre abritait un basilic (monstre aqua-tellurique plutôt serpent-crapeau à plumes que dragon) que Saint Jean de Réôme affirmait avoir tué. Les sources étaient systématiquement habitées par des esprits bons ou maléfiques… ou les deux. Mais la fosse Dionne est une des sources les plus profondes de France et aujourd’hui-même il est déconseillé aux plus chevronnés de l’explorer trop loin. Si ses eaux pures ont pu soigner les malades, le gouffre a pu tuer quelques aventuriers trop curieux. La faille serpente en direction du centre de la Terre sans vouloir dévoiler ses secrets, (à tel point qu’elle a été à une époque l’entrée «officielle» des Enfers…) d’où l’assimilation avec un basilic, le serpent au regard meurtrier. Cependant, celui-ci n’a pas empêché la source d’attirer les populations de toutes les époques, des Celtes, des Romains, des Burgondes, … , et de leur permettre une économie et une qualité de vie toujours florissante. Mais revenons à notre chanson.

Chansons "de rencontre"

Dans le répertoire traditionnel et médiéval, les chansons de «rencontre» sont légions, les plus ancestrales qui sont aussi les plus féeriques relatent un homme armé (donc noble) à cheval (toujours noble) ou en bateau (dans les Iles britanniques) accompagné de ses deux frères, triples mystiques ou compagnons. On les appelle «barons», «hommes d’arme», «chevaliers», «princes», «jeunes matelots», plus tard «jeunes tambours», etc., car ces trois personnages, qui en fait n’en représentent qu’un, sont en quête et donc ne sont pas «achevés » (parfois, et à l’inverse, il s’agit d’un unique «roi» qui sera soit seul soit suivit de ses gens en nombre imprécis). Il va à la source et rencontre une jeune fille, fée, esprit, druidesse, korrigann, princesse d’un autre monde, voir même une déesse dans les épopées irlandaise. Dans notre cas, l’homme est unique mais il n’est que « seigneur », une originalité qui ne manque pas de signification. Pour la symbolique, rappelons que la fontaine représente l’amour et pour la pragmatique que la chasse était l’occasion de déclarer sa flamme et plus si affinité…
Généralement la jeune fille repousse les avances de jeune homme en arguant quelle se sort très bien de sa «misère» sans lui. Même si l'on constate parfois, quelques vers plus loin, que les deux protagonistes, qui n’avaient pas l’air de se connaître, sont déjà fiancés ! Mais selon la valeur symbolique et culturelle de chaque chanson, l’histoire peut-être différente. Ici, nul lien antérieur n’est évoqué, peut-être manque-t-il des vers ? Peut-être la chanson est elle beaucoup plus récente et se réfère-t-elle à l’Histoire locale.

En fait, ces chansons ont évolué à travers les âges, elles ont gardé le scénario initial mais on souvent perdu leurs sens. Tellement répandue et classique, cette légende universelle sert visiblement les auteurs à créer leurs propres histoires, adaptées au lieu et à l’époque.

Un sens qui restera mystérieux ?

Les auteurs reprenaient couramment des thèmes récurrents dans de nombreuses chansons que leur auditoire pouvait comprendre rapidement. Ainsi, une simple phrase leitmotiv, une allusion à un personnage récurrent, à un objet mythique ou à une date du calendrier résumaient une longue histoire que les paysans avaient déjà assimilée… mais dont nous avons perdu le sens. Ou bien encore, on reprenait une chanson et, comme on ferait aujourd’hui pour une parodie, on en vidait la substance pour lui donner un tout autre sens.
S’il s’agit de cette sorte de reprise/détournement, nous avons à faire à une réclame d’antan pour une région que l’auteur devait aimer ou vouloir vanter soit pour faire plaisir aux paysans qui l’écouteraient soit pour les besoins d’un seigneur local et de sa cour (le seigneur chassant n’est visiblement pas du coin !).
Mais les références à l’Histoire y sont plus elliptiques que dans l’Eneïde de Virgille… et y sont plus corrosifs, voir subversifs. Il semblerait, et c’est notre avis, que, comme beaucoup de chansons (et pas seulement les gwerzioù bretonnes), celle-ci fait allusion à un événement. Nous disions plus haut que Marguerite, veuve et oubliant les fastes de la cours de Naples, a cherché à se réconcilier avec Dieu et mena à Tonnerre une vie beaucoup plus simple. Et bien, à une époque où Verdi n’était pas né, les « bergères » des chansons n’étaient pas que des filles de fermiers…

haut de page

"là-haut dedans la plaine" : sur le plateau.
"équipage" : équipement. Depuis le treizième siècle dans la langue française, ce terme viking qui exprimait le matériel nécessaire à un navire, s'appliqua très vite au cheval.
"train" : compagnie en déplacement avec tout ce qu'il faut de serviteurs et ravitaillement.
"tremble" : sorte de peuplier.

(c) Les Editions du Guépard 2003 - toute reproduction interdite (sauf impression personnelle) - l'aspiration de site internet est un délit, même s'il est encouragé par certains fournisseurs d'accès et hébergeurs gratuits.

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